Retour sur le Festival de Films 2019 – Q& R avec Marion Fernandez

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Le deuxième Good Natured: A Conservation Optimism Short Film Festival est sur sa lancée! Comme nous avons rouvert la compétition, nous avons décidé de reprendre contact avec les gagnant(e)s de la première édition.  

Nous avons commencé cette série d’interviews avec Marion Fernandez, qui avait gagné le Prix du Public l’an dernier avec son film Le tombeau des épuisés. Ce conte retraçant les liens qui unissent les marins aux oiseaux migrateurs n’avait pas laissé l’audience du festival indifférente! Prenant place sur l’Hermione, une fameuse frégate française, le film était une exploration poétique des relations qui peuvent se déveloper entre les humains et les oiseaux au beau milieu de l’océan.  Nous avons interviewer Marion pour en savoir plus sur ce qui l’avait inspiré à produire ce film et découvrir les films sur lesquels elle travaille actuellement. 

Conservation Optimism: Pouvez nous dire ce qui vous a inspirée à developer Le Tombeau des Epuisés? 

Marion Fernandez: L’association Hermione Lafayette, qui s’occupe de la frégate l’Hermione, a fait appel à mes services pour que je filme et photographie la navigation de l’Hermione en 2018. Le but était de produire des carnets de voyage en vidéo qui étaient ensuite publiées sur internet et les réseaux sociaux afin que les “terriens” puissent suivre le voyage.

 
Avant j’avais fait une école de cinéma animalier. J’aime la nature, les animaux et les grands espaces et j’ai très vite été un peu frustrée sur l’Hermione. En dehors des mammifères marins, on ne rencontre pas beaucoup d’animaux. Alors quand j’ai commencé à voir des oiseaux “terriens”, je les ai filmés. Au départ, c’était juste pour le plaisir. On ne croise pas un engoulevent d’Europe tous les jours et encore moins sur une frégate du 18ème siècle !
 
Quand on a traversé le détroit de Gibraltar, la radio n’a pas arrêté de sonner pour nous prévenir de garder l’oeil ouvert. Il faisait nuit mais de nombreux canots de migrants étaient signalés à la dérives. Mon prédécesseur m’avait dit que pendant sa navigation, ils ont croisé un canot qui avait chaviré. Il devait y avoir 40 personnes à bord. Ils n’ont retrouvé aucun survivant. On a tous voulu leur rendre hommage avec les petits bateaux en papier [que vous pouvez voir dans le film].
 

Quant à moi, je suis issue de l’immigration Espagnole. Mes grands-parents ont fui l’Espagne quand la dictature s’est installée. Je ne serai pas là aujourd’hui sans l’immigration. C’était donc important pour moi de parler de ce sujet. A Gibraltar, j’ai su ce que j’allais faire avec mes images d’oiseaux. Eux, ils peuvent voyager comme bon leur semble, sans frontières, sans barrières… C’est une belle leçon d’humanité que nous donne la nature. Ça me semblait important de le transmettre. 

 
CO: Quel est le lien entre votre film et la vision de Conservation Optimism?
 
MF: Comme je l’ai dit plus haut, les oiseaux voyagent au-delà des frontières. Ils traversent les barrières, ils vont là où sont les ressources. Si une terre devient hostile, c’est normal pour eux de la quitter pour aller voir ailleurs si il fait bon vivre. C’est un message d’espoir et de liberté que nous donne la nature. 
Sur l’Hermione, j’ai retrouvé une société pleine d’espoir et de liberté. On peut voyager librement et il règne une ambiance de fraternité à bord. C’est ensemble qu’on peut faire avancer le bateau. On n’a pas le choix que de s’entraider. Et cette entraide va plus loin : quand les oiseaux épuisés venaient se poser sur le bateau, les marins ont fait tout ce qu’ils pouvaient pour les aider ! Ils les ont mis à l’abri, au chaud, ils les ont nourri. Et c’était beau à voir parce que les oiseaux ont très vite compris que les marins leur voulaient du bien. Je n’ai vu ça nulle part ailleurs !
 
Une hirondelle m’a particulièrement marqué. Je ne sais pas si elle s’en est sorti. Mais quand on a commencé à lui donner des insectes à manger, elle a fini par venir sur nos genoux pour en réclamer tellement elle était affamée. La confiance qu’elle avait pour les marins était belle et touchante. Je suis très heureuse d’avoir filmé ces moments. Ils transmettent un message d’espoir eux aussi. 
CO: Votre film a été élu meilleur film par le public, comment avez-vous vécu cette experience? 
 
MF: Je regrette de ne pas avoir été là ! J’aurai aimé voir ça de mes propres yeux et pouvoir discuter avec le public. Le film a été sélectionné dans plus de 20 festivals en France et à l’étranger et ce prix est le premier qu’il ait reçu ! Je suis très touchée que ce soit le prix du public ! Ça veut dire que le message est passé et qu’il a plu ! Ça me rassure pour l’avenir des Hommes et de la Nature. Merci merci merci d’avoir cru en ce film ! 
CO: Etes vous en train de travailler sur un nouveau film cette année? Si oui pouvez-vous nous en dire un peu plus? 
 
MF: Oui. J’ai plusieurs projets de films en cours. Je ne peux pas trop en parler pour l’instant parce qu’ils sont encore en développement. Mais ces projets sont prévus pour être diffusés à la télévision et que je serai limitée dans le format pour faire ces films, contrairement au Tombeau des épuisés qui est un film totalement autoproduit et pour lequel je pouvais faire et dire ce que je voulais. J’ai quelques autres courts-métrages en tête : un film sur un charnier en Inde et un autre sur les grues cendrées. 

Etes-vous un réalisateur qui crée des films en alignement avec la vision de Conservation Optimism? Nous adorerions voir vos films! 

Vous pouvez nous envoyer vos films pour l’édition de cette année sur Film Freeway, pour les catégories suivantes: People & Nature: Communities, Heroes & Wellbeing; Conservation Works: Learning from Success & Failure; Animation et Student film.

N’attendez pas et envoyez-nous vos films avant le 15 Mars!